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Lancia 037 vs Audi S1 Quattro : David contre Goliath

En 1977, Audi, à la demande de l’armée Allemande, developpa un véhicule 4 roues motrices. L’idée germa, au sein du constructeur, de savoir si un tel genre de véhicule serait adapté à la demande des consommateurs, dans une voiture familiale.
Ainsi, Audi débuta des tests secrets dans une carrière de sable, la nuit, dans une zone reculée d’Allemagne. Dans la foulée des tests, il devenait évident, qu’avec 4 roues motrices, la voiture familiale bénéficiait d’énormément d’adhérence; il devenait facile de passer dans des zones glissantes,plus rapidement qu’auparavant. Ce résultat, en plus d’être satisfaisant, devenait un plus pour le rallye.

Néansmoins, le reglement de la fia interdisait la transmission integrale.

Avec beaucoup de malice, Audi envoya un émissaire à une réunion du directoire de la FIA, à Paris. Après des heures de réunion, il proposa, très intelligement, de supprimer cette règle. La plupart des participants n’ayant qu’une envie, quiter la salle, tous accceptèrent sans objection. Le plus dur venait d’être fait.

Le rouleau compresseur en marche

3 ans plus tard,en 1982, l’Audi quattro S1 entama sa carrière de rallye, dans le groupe B.

 

 

Audi remporta le championnat du monde des rallyes, Groupe B, en 1982, avec cette voiture. Et à partir de ce moment précis, tout le monde compris que pour gagner ne rallye, il fallait une transmission intégrale. Enfin presque…

Lancia, la tradition du rallye

 

Lancia, vainqueur en sport automobile à de multiples reprises, avec des véhicules légendaires tels que la Stratos où la Beta Montecarlo, décide de répondre à Audi avec un projet, qui donnera son nom à la voiture: le projet 037.

Cependant, la démarche du constructeur italien fut particulière: au lieu de partir d’un modèle de série, l’idée a été de developper un vehicule, puis de le fabriquer à un nombre suffisant pour le faire homologuer.

La philosophie de l’équipe était « spéciale »: l’écurie avait pour directeur Cesare Fiorio, amateur de jolies filles et de courses de bateaux,  avec un un staff italien et un budget proche de 0.

 

 

 

Alors que, dans le même temps, Audi était soutenu par la puissance industrielle du groupe Volkswagen,  son écurie était efficace et organisée;  Le directeur d’équipe Roland Gumpert, était l’archétype du docteur de l’ingénierie allemande, beau et barbu.

Du côté des pilotes, Audi avait Hannu Mikkola, Stig Blomqvist et Michèle Mouton, qui totalisaient 21 victoires en rallye. Hannu Mikkola témoigne d’ailleurs, que « la quattro S1 était la voiture qu faisait parler tout le monde, nous développions l’auto, et elle était en amélioration continue; Nous étions par ailleurs bien financés: à cette époque c’était une grande équipe. »

Lancia, pendant ce temps, avait Markku Alen et Walter Röhrl.

 

 

 

Ce dernier était brillant, mais averti qu ‘il ne souhaitait pas effectuer toutes les étapes, ni redevenir champion du monde. Il confie, à ce propos:

« je leur ai dit: écoutez, je veux gagner Monte Carlo, la Corse, l’Akropoli, la Nouvelle Zelande et San Remo. Je fais seulement ces cinq ou six étapes merveilleuses. Rien de plus. Je ne suis pas intéressé par le titre de champion du monde. Je veux être un homme normal, pas quelqu’un de spécial. Si tu es chaque jour dans les journaux, ou ailleurs, tu ne peux pas rester seul chez toi, et tout ça me déplait. »

Pour résumer, Audi avait une voiture à 4 roues motrices, ayant fait ses preuves, une équipe d’allemands, un boss beau gosse, et une équipe de pilotes de classe mondiale, motivés et honnêtes.

Lancia avait, à l’inverse, un budget de 3 lires 75, une voiture à 2 roues motrices, un playboy aux commandes d’une vedette , et  un pilote à temps partiel, qui ne voulait pas être champion du monde.

Cependant, Lancia avait un atout: ils était dans le rallye depuis des années, et avaient gagné 4 championnats avec des voitures telles que la Fulvia, ou la Stratos. Du coup, même si le directeur d’équipe ressemblait à un playboy, il en connaissait toutes les ficelles.

 

L’expérience contre la raison

 

Premier exemple, les règles établissaient qu’avant d’engager une auto en rallye, il fallait en fabriquer au moins 400 exemplaires, qu devaient être vendus en tant que voitures homologuées pour la route;   Evidemment, quand des officiels de l’organe directeur viennent pour vérifier, il verront s’il n y en a que 200.  Fiorio leur répondit ceci: » le parc est plein, les autres 200 exemplaires sont dans un parc de l’autre côté de la ville. Allons compter. » Et lorsque tout le monde se déplace vers le 2eme parc, il proposa « pourquoi ne pas s’arrêter pour le déjeuner? »

Finalement, durant le repas, qu’il s’efforça de faire durer, les 200 véhicules apparurent miraculeusement dans le 2eme parc.

Deuxième exemple: la voiture en elle même, devait, selon le règlement, être équipée d’arceaux. Au vu des images lors de choc, on soupçonne la voiture d’être équipée d’arceaux en carton ou en plastique. Ceci pour des gains de poids.

Mais, malgré l’expérience de Lancia, et les astuces de Fiorio, personne ne s’attendait un bonne performance lors de la première manche 1983, organisée dans les montagnes gelées, au dessus de Monte Carlo.

 

 

Cesare Fiorio se confie à ce sujet: « nous étions effrayés par ce rallye, parce que nous allions trouver beaucoup de neige, de la glace. Des conditions de glisse absolues, dans lesquelles une voiture à propulsion avec moteur central n’est pas l’idéal. »

Ainsi, pendant que Audi se préparait en affûtant ses voitures, les équipes Lancia se dirigent vers un supermarché. Ils y achetèrent tout le sel qu’ils purent. Ils le dispersèrent au dessus des virages les plus difficiles,  pour qu’au moment ou les 037 passent, les conditions soient optimales.

« Nous mettions la pression sur les autorités locales, pour qu’elles prennent soin des routes françaises. En disant par exemple « vous voyez, il y a de la glace, c’est dangereux pour les spectateurs. » Et donc, ils nettoyèrent la route. C’était fantastique. »

Mais Lancia avait une autre carte dans sa manche: Après les parties glacées, les voitures s’arrêtaient en plein milieu de l’étape, pour changer les gommes hiver.

Rien ne l’autorisait, mais plus important rien ne l’interdisait. Cesare Fiorio déclarait à ce sujet: » si vous voulez concourir dans les sports automobiles, vous devez connaitre les règles que vous rencontrez , les zones grises du règlement. C’est toujours une grande bagarre, vous devez essayer d’être malin. »

A la fin de la course, le résultat est à l’exact opposé de ce que tout le monde attendait, les 037 finirent 1e et 2e dans une  étape connue pour ses conditions de glisse extrêmes: un jour de gloire pour la scuderia Lancia.

L’étape suivante se tenant en Suède, avec les conditions que l’on connaît, Lancia finit carrément par ne pas se présenter à l’épreuve; on peut imaginer qu’il n’y avait pas assez de sel dans le monde pour faire fondre la neige de Suède…

 

 

 

Audi en profita pour faire un score de 1e et 2e avec ses quattro s1.

3 semaines plus tard, ils firent la même chose au Portugal, en profitant de l’absence répétée des Lancia.

Le même scénario se reproduisant en Afrique orientale, Audi semblait s’envoler vers un nouveau titre.

 

Après toutes ces péripéties, le petit monde du rallye se déplace vers l’étape de Corse. Là ou toute la course se déroule sur du goudron. Tout le monde, du coup, se doutait que l’écurie Lancia devait faire carton plein. Mais personne ne s’attendait à un aussi grand nombre de voitures au départ…

Habituellement, Lancia se présente avec 2 ou 3 véhicules, mais cette fois ci, ils mirent 4 voitures sur la ligne de départ.

C’est une stratégie habile: en supposant que les Lancia trustent les 4 premières places, le meilleur classement que Audi pouvait espérer était la 5e place, ce qui limitait le nombre de points marqués. Mais, à cause de problème mécaniques, il n’ arrivèrent même pas à boucler l’étape.

 

Lancia, avec ses changements de gomme, et sa flexibilité sur le nombre de voitures au départ d’une étape, revient en tête du classement. Mais arrive l’étape la plus dure et compliquée du calendrier: la Grèce.

 

 

Le tournant

Le microcosme du rallye s’attendait à des défaillances mécaniques, et des pannes, à cause des routes impraticables. Mais,  surprenant, elles ont toutes impacté Audi.

Un étonnement qui à touché jusqu’à Walter Röhrl:

« Et j’ai gagné l’Akropoli dans une Lancia! C’était un résultat inattendu. Même simplement d’arriver à la ligne d’arrivée, parce que je pensais que la 037 était trop légère pour rester en une seule pièce. »

 

Nouvelle Zélande, Argentine, l’année passe, avec les 2 équipes au coude à coude pour le championnat.  Et l’heure arriva de se diriger vers l’étape de Finlande, une étape de bosses par excellence. Néanmoins, un problème de taille se pose pour Lancia:  Walter Röhrl a refusé de se présenter à la course.

Il se justifia ainsi: « Je n’aimais pas la Finlande, parce que je n’aimais pas les sauts. Si je voulais voler, je serais pilote; mais pas dans une voiture, aucune chance. »

A cause de la non présentation, Audi à gagné. Facilement.

 

Malgré tout, avec 3 étapes restantes, il était mathématiquement possible, pour Lancia, de remporter le championnat à San Remo: car seuls les huit meilleurs résultats sur les douze épreuves du championnat sont pris en compte.

 

 

Le dénouement de la saison

Et la scuderia Lancia était très motivée à l’idée de pouvoir remporter le titre à domicile, en Italie, devant ses tifosi.

Mais un obstacle, se dresse face à eux: La poussière.

 

 

 

Elément caractéristique de l’étape, la poussière restait en suspension, alimentée toutes les minutes par le départ d’un concurrent. Ce qui rendait la visibilité quelque peu délicate.

Pour mettre toutes les chances de son côté, Lancia décide d’essayer une solution matérielle. L’écurie fixe des brosses sur l’extrémité basse des camionnettes de l’équipe, pour « nettoyer » la route:  mais ça n’a pas réellement fonctionné.

Sans renoncer, les pilotes tentent le bluff. Après le départ de l’Audi, vient le moment pour la 037 de se lancer. Mais la voiture ne bouge pas. Lorsque le juge de départ s’approche du pilote, ce dernier lui décrit , par exemple, un problème de ceinture. Le temps de réparer ce problème, la poussière avait, par chance, disparu. Malheureusement pour eux, les officiels de la course ont vite mis un terme à ce subterfuge.

L’écurie n’a pas le choix: si elle veut gagner chez elle, sur le gravier, elle devra s’en remettre au talent de ses pilotes.

Et Walter Röhrl se montra à la hauteur pour l’occasion. Ce qui lui laissa un souvenir impérissable: « en jetant un regard sur ma carrière, c’est peut être le meilleur rallye que j’ai fait dans ma vie. C’était comme dans un rêve. Je pensais seulement , je veux couper ce virage comme ça, pour ne pas perdre 10 centimètres de route. Et la voiture allait exactement à cet endroit. Elle était gracieuse, et je pensais, que personne ne pouvait me battre. »

Il y a aussi la voiture, nous confirme le pilote: « Conduire une Lancia, c’est la perfection. Parce qu’elle fait exactement ce que que vous voulez. C’est comme ma chaussure, elle me va parfaitement. Si je pensais qu’elle devait faire une chose précise, elle le faisait. »

L’homme et la machine en si parfaite harmonie, Röhrl gagne 33 des 58 étapes;  l’écurie Lancia enchaîne première, deuxième et troisième place, et gagne le championnat du monde.

 

David, a battu le Goliath à 4 roues Motrices. Et plus aucune voiture à 2 roues motrices ne parviendra à réitérer cet exploit.

 

 

 

Photo s1 quattro by 317818WLJ on Foter.com / CC BY-ND
Photo Monte Carlo by tullio dainese on Foter.com / CC BY-NC-SA
Photo lancia 037 by Laurent Quérité on Foter.com / CC BY-NC-SA
Photo rallye acropole by Michelin Motorsport_Rally on Foter.com / CC BY-NC-ND
Photo rallye suede by cmonville on Foter.com / CC BY
Photo 037 toscane by crazylenny2 on Foter.com / CC BY-NC
Photo walter rohrl by Jorbasa on Foter.com / CC BY-ND

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